Un écran nommé désir

  • Elisabeth Kapnist
2003
52min

Synopsis

S’appuyant sur des extraits de films et des interviews de réalisateurs tels que Fellini, Cronenberg, Lynch…, Élisabeth Kapnist éclaire les relations entre la psychanalyse et le cinéma. À la manière d’une longue promenade dans l’inconscient et dans le rêve, un voyage dans l’imaginaire collectif ; construit par le cinéma ?

Mots clés : 
  • Cinéma
  • Psychanalyse

Pulsion de mort, sexe, rêves, désir, inquiétante étrangeté, le cinéma n’a jamais cessé de se nourrir de l’inconscient que la psychanalyse a théorisé.

Tout commence au moment de leur naissance commune au tournant du XXe siècle. Freud est très méfiant vis-à-vis du cinéma : « Il ne me paraît pas possible de faire de nos abstractions une présentation plastique qui se respecte tant soit peu… « . Mais un de ses proches collaborateurs, Karl Abraham, ose scénariser une psychanalyse : ce sera « les Mystères d’une âme » réalisé par W. Pabst en 1926. Première transgression. Première rencontre entre deux univers qui ne se quitteront plus.

Les explorer, l’un en creux de l’autre, mettre en miroir leurs correspondances, éclairer leurs interactions, tel est l’objet de cet ambitieux documentaire.

La réalisatrice, Élisabeth Kapnist, remonte l’histoire du cinéma à travers quelques scènes symboliques provenant des chefs d’œuvres américains et européens. Grâce aux interviews de réalisateurs tels que Lang, Fellini, Bergman, Cronenberg ou Lynch, elle sonde le regard que porte le cinéaste sur nos vies intérieures.

Au spectateur de se souvenir, se nourrir, s’interroger… À la manière d’une longue promenade dans le rêve et l’inconscient, le savant montage d’extraits de long métrages, de bandes-annonces percutantes, des voix off multiples et anonymes, nous invite à un voyage dans notre propre imaginaire collectif (construit par le cinéma ?)

elisabeth kapnist - un ecran nomme desir - le lieu documentaire

 « Psychanalyse et cinéma », extrait de l’article de Macha Séry, paru dans « Le Monde », le 22 avril 2026
 
 

Ils sont nés à la même époque. Cinéma et psychanalyse sont liés de tout temps et par tous les bouts ; deux mondes de fantasmes, de secrets et de rêves que Georg W. Pabst fusionne pour la première fois dans son film Mystère d’une âme en 1924.

Le cinéma « paraît avoir été inventé pour exprimer la vie du subconscient », estimait Luis Buñuel. Avec « Un écran nommé désir », diffusé dans le cadre de cette « Thema » intitulée « Psychanalyse et cinéma », Elisabeth Kapnist réalise un documentaire admirable, par l’intelligence du propos et la qualité de ses ressources visuelles. La réalisatrice crée d’ingénieuses figures de style au service d’une réflexion sur les affinités historiques et ontologiques qui lient la psychanalyse et le 7e Art, l’image onirique et l’image cinématographique.

Comme le signale le commentaire coécrit avec Michel Schneider, ces deux champs partagent non seulement le même vocabulaire (écran, cadre, projection, séance, scénario, représentation, illusion) mais aussi des ressorts communs, ceux de l’amour, du sexe et de la mort. En témoignent une abondante filmographie résumée en de nombreux extraits, ainsi que des bribes d’entretiens avec des cinéastes – Fellini, Lynch, Bergman, Fritz Lang.

Le Prix Charles Brabant 2026 décerné à Élisabeth Kapnist par la Scam

Le jury distingue cette année Élisabeth Kapnist pour l’ensemble de son œuvre audiovisuelle. Ses films reviennent sur les figures majeures et les grands évènements de l’histoire, pour éclairer ce que ces récits ont laissé derrière eux : les personnages secondaires, la part d’ombre, le hors-champ. Elle trace une voie unique dans le documentaire, une invitation à repenser l’essence de la narration et à imaginer d’autres possibles.

Monteuse image dans les années 1975-1985, notamment aux côtés de Jean Rouch, Élisabeth Kapnist cofonde en 1981 les Ateliers Varan, qui deviendront une référence de la formation au cinéma documentaire. Une faille humaine, un paradoxe, ou un choix singulier constituent souvent le point de départ et la trame de ses portraits : la fêlure d’Orson Welles (Orson Welles, autopsie d’une légende, 2014), la frontière trouble entre génie et folie de Vaslav Nijinski (2001), l’expérience de la souffrance dans La Vie en vrac (2011, Étoile de LaScam en 2013), l’engagement de Luchino Visconti, aristocrate attaché au communisme (Luchino Visconti, entre vérité et passion, 2015).
Ses films racontent aussi les figures restées dans l’ombre des légendes : Lydia Delectorskaya, muse occultée de Matisse (Matisse et Lydia, 2024) ; Céleste Albaret, confidente discrète de Marcel Proust (Céleste et Monsieur Proust, 2021) ; ou encore les épouses de présidents de la Ve République (Neuf Femmes aux marches du palais, 1999). Et reviennent sur les traces laissées par l’exil de sa famille paternelle, ayant fui la révolution bolchévique, avec plusieurs très beaux documentaires consacrés à la Russie, dont Loin, là-bas… (1999).
Son œuvre singulière laisse une grande place aux matériaux d’archives, et ouvre le documentaire à toute la complexité humaine, en mêlant histoire, parole intime, destinées et événements du quotidien.

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