La vie en vrac

  • Elisabeth Kapnist
2011
82min

Synopsis

Disponible en consultation gratuite sur place

Au bout d’une impasse, une maison accueille chaque jour des personnes rescapées d’un bouleversement psychique qui les a disloquées. C’est l’hôpital de jour de Saint Germain en Laye. Dans ce lieu singulier, des êtres en souffrance et une équipe de soignants travaillent ensemble à renouer des liens de vie et de partage. Le film raconte cette belle expérience humaine qui se vit au quotidien depuis très longtemps.

Mots clés : 
  • Hôpital
  • Personnel soignant
  • Psychiatrie
  • santé mentale

Au bout d’une impasse, une maison accueille chaque jour des personnes rescapées d’un bouleversement psychique qui les a disloquées. C’est l’hôpital de jour de Saint Germain en Laye. Dans ce lieu singulier, des êtres en souffrance et une équipe de soignants travaillent ensemble à renouer des liens de vie et de partage. Le film raconte cette belle expérience humaine qui se vit au quotidien depuis très longtemps.

elisabeth kapnist - la vie en vrac - le lieu documentaire-aff

Extrait de l’article de Hélène Delye, dans le journal Le Monde, 27 avril 2012

« Lorsque Francis fait le fou en récitant une fable de La Fontaine avec une voix lointaine et le débit saccadé de celui qui débloque, il capte l’objectif de la caméra. Et lorsque soudainement il fixe son regard et pose la chute de la fable avec la voix présente de celui qui n’est pas fou, il cueille son audience, avant de s’éclipser pour la laisser songer… C’est vraiment beau.

Avec son physique de marin sec et barbu, Francis oscille d’un état à l’autre. Il émeut lorsqu’il reprend un standard de Neil Young à la guitare, et il fatigue quand il soliloque et asticote d’autres patients en engageant avec eux un dialogue de sourds, non, de fous.

Pendant un an, la réalisatrice Elisabeth Kapnist a filmé le quotidien des patients et du personnel soignant de l’unité d’accueil de jour du service de psychiatrie de l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Cette structure de soins « hors les murs » constitue un bel exemple de réussite de la politique de psychiatrie de secteur initiée en France au cours des années 1960-1970 par de grandes figures comme le psychiatre Lucien Bonnafé pour rompre avec le modèle asilaire. […] »

« Montrer le quotidien des patients, loin des clichés. » Extrait de l’article dans le Parisien, le 3 mai 2012

« Je voyais que je n’allais pas bien. C’était une question de vie ou de mort », confie l’ancienne préparatrice en pharmacie. Elle vient tous les jours, entre 9 heures et 17 heures, suivre des ateliers, « surtout le théâtre et le chant », voir son médecin, sans oublier ses amis. « C’est ce qui manque un peu dans le documentaire », reprend Charlotte. « On dirait que c’est un lieu un peu froid, austère, mais en réalité pas du tout, il y a beaucoup de vie. »

Dans la grande pièce de vie du rez-de-chaussée, qui fait office de cantine et de cafétéria, malades et soignants s’attablent dans un brouhaha convivial. On parle cinéma, politique, sans oublier le documentaire. « C’était difficile de comprendre et d’admettre que ce film ne nous appartenait pas, mais nous sommes assez contents du résultat, qui montre notre quotidien sous un autre jour, loin des clichés », affirme Jean-Claude Germez, psychologue au sein de la structure depuis une trentaine d’années. « Les psychotiques sont encore très marginalisés, et le film montre parfois des passages plus difficiles, mais cela a été fait dans le respect des patients », confirme François, patient depuis huit ans. « Nous ne vivons pas dans une bulle loin du monde, nous avons aussi une vie sociale, comme tout le monde », conclut le traducteur de formation.

Parmi les 36 patients et les 11 professionnels que compte l’hôpital, certains n’ont pourtant pas souhaité participer au projet, à l’instar de David. Agé d’une trentaine d’années, il vient régulièrement depuis deux ans et demi. En dehors de ses parents, il ne l’a dit à personne, sa propre soeur n’est pas au courant. « Les maladies psychiques sont encore très mal comprises, et je ne voulais surtout pas subir le regard de mes proches, mais aussi voir nos relations changer », explique le timide jeune homme.

Conscient de leur maladie, il reste tout de même difficile pour beaucoup d’en parler. Grâce à « la Vie en vrac », certains se sont ouverts, confiés, donnant à voir un bout de leur vie.
 

Le Prix Charles Brabant 2026 décerné à Élisabeth Kapnist par la Scam

Le jury distingue cette année Élisabeth Kapnist pour l’ensemble de son œuvre audiovisuelle. Ses films reviennent sur les figures majeures et les grands évènements de l’histoire, pour éclairer ce que ces récits ont laissé derrière eux : les personnages secondaires, la part d’ombre, le hors-champ. Elle trace une voie unique dans le documentaire, une invitation à repenser l’essence de la narration et à imaginer d’autres possibles.

Monteuse image dans les années 1975-1985, notamment aux côtés de Jean Rouch, Élisabeth Kapnist cofonde en 1981 les Ateliers Varan, qui deviendront une référence de la formation au cinéma documentaire. Une faille humaine, un paradoxe, ou un choix singulier constituent souvent le point de départ et la trame de ses portraits : la fêlure d’Orson Welles (Orson Welles, autopsie d’une légende, 2014), la frontière trouble entre génie et folie de Vaslav Nijinski (2001), l’expérience de la souffrance dans La Vie en vrac (2011, Étoile de LaScam en 2013), l’engagement de Luchino Visconti, aristocrate attaché au communisme (Luchino Visconti, entre vérité et passion, 2015).
Ses films racontent aussi les figures restées dans l’ombre des légendes : Lydia Delectorskaya, muse occultée de Matisse (Matisse et Lydia, 2024) ; Céleste Albaret, confidente discrète de Marcel Proust (Céleste et Monsieur Proust, 2021) ; ou encore les épouses de présidents de la Ve République (Neuf Femmes aux marches du palais, 1999). Et reviennent sur les traces laissées par l’exil de sa famille paternelle, ayant fui la révolution bolchévique, avec plusieurs très beaux documentaires consacrés à la Russie, dont Loin, là-bas… (1999).
Son œuvre singulière laisse une grande place aux matériaux d’archives, et ouvre le documentaire à toute la complexité humaine, en mêlant histoire, parole intime, destinées et événements du quotidien.

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