Qui était Kafka ?

  • Richard Dindo
2006
98min

Synopsis

Disponible en consultation gratuite sur place

Richard Dindo voulait depuis longtemps réaliser un film sur Kafka, qui soit la description de son existence à partir de ses écrits biographiques. “[Le cinéma documentaire] doit trouver des mots et des phrases pour parler de ce qui n’existe plus, de ce qui n’est plus visible, de ce qu’il faut pouvoir s’imaginer.” Puisqu’il n’existe plus de témoins de sa vie, le réalisateur a choisi des comédiens et des comédiennes qui jouent le rôle des personnes qui ont le mieux connu Kafka et “parlent à la place des morts, avec des phrases que ceux-ci ont jadis écrites sur leur relation à Kafka” : Max Brod, Milena Jesenskà, Gustav Janouch, Dora Diamant, …
En contrepoint de ces monologues, Sami Frey lit admirablement des extraits des Lettres à Milena, des Lettres à Felice Bauer, de la Lettre au père et des Journaux de Kafka. A l’image, des photos et des films d’archives et de nombreuses vues de Prague aujourd’hui.

Mots clés : 
  • Kafka
  • Littérature

Ses œuvres sont mondialement connues, sa personnalité beaucoup moins – même si elle affleure sans cesse entre les lignes de ses romans et de ses journaux intimes. Richard Dindo propose ici bien plus qu’une simple biographie de Franz Kafka (1883-1924). Pas à pas, de l’enfance de l’écrivain à sa mort prématurée, le réalisateur explore les aspérités de son existence, dégageant une personnalité aussi exceptionnelle que tourmentée.

Pour faire revivre son personnage, il lui prête la voix de Sami Frey (qui reprend des extraits de ses écrits intimes) et fait appel à des acteurs pour incarner ses proches (ses amis Max Brod et Gustav Janouch, ses fiancées Félice Bauer, Milena Jesenká et Dora Diamant). Images de Prague, plans des intérieurs habités par Kafka et chants hébraïques donnent corps aux mots, au fil desquels se dessine une personnalité secrète et désespérée dont la vie, marquée par un père écrasant et par le judaïsme, dépendait entièrement de l’écriture.

Au-delà des récits retraçant la courte existence de l’écrivain – ses rapports familiaux, son travail dans une compagnie d’assurances, ses amours, sa maladie –, le cinéaste s’immisce dans son âme. En recréant ses incessantes promenades dans Prague, il compose en images une « psychogéographie » kafkaïenne, dont les obsessions et les litanies rythment le film. Même si le mystère ne se laisse pas entièrement percer, on cerne peu à peu l’une des figures les plus importantes de la littérature du XXe siècle, habitée de façon prémonitoire par le cauchemar du totalitarisme. Et l’on traverse les affres de celui qui, persuadé que ses écrits étaient des “griffonnages”, voulut dérober son oeuvre au monde et demanda à son ami Max Brod de la brûler.

Prague, ville chérie et honnie par Franz Kafka, sert de cadre à une biographie intimiste de l’écrivain, allemand par la langue, juif par l’hérédité et tchèque en dépit de tout. Le récit chronologique de ses tribulations, depuis sa naissance en 1883 dans une famille de commerçants bornés jusqu’à sa mort précoce en 1924 d’une tuberculose du larynx, s’appuie sur son propre témoignage (ses journaux, sa terrible Lettre au père) et ceux de proches.

La personnalité tourmentée de Kafka ressort moins ici de ses livres (la plupart posthumes) que des souvenirs de ceux qui l’ont aimé, écouté, épaulé dans ses innombrables moments de faiblesse physique et de désespoir moral. Interprétés par des comédiens quadra voire quinquagénaires, les personnages de Max Brod, Max Pulves, Gustav Janouch, Felice Bauer, Milena Jesenska et Dora Diamant témoignent une dizaine d’années après sa mort, lorsque le génie de leur ami a été pleinement reconnu. Ils évoquent sa vie publique d’employé d’une compagnie d’assurances, sa vie secrète et nocturne d’écrivain (Max Brod s’est bien gardé de brûler les manuscrits dont il était dépositaire), son ressentiment violent contre un père destructeur, ses exaltations amoureuses… Tourné dans le centre historique de Prague, notamment à la synagogue espagnole et au vieux cimetière juif, illustré de mélodies juives, cette évocation mélancolique s’appuie aussi sur des photographies d’archives peu connues.

Eva Ségal, Images de la culture / Cinémathèque du documentaire


Notes extraites du site de Richard Dindo

Documentaire fictionnalisé avec des acteurs et actrices qui représentent des gens qui ont connu Kafka. Ils racontent avec les mots et les phrases des morts, leurs souvenirs de cet homme torturé et immense écrivain, qui nous a tellement marqué.

En off on entend des lectures d’extraits de son „Journal“ et de ses lettres. Comme dans le film sur „Rimbaud“, il s’agit à la fois d’un portrait „de l’extérieur“, à travers les entretiens fictifs avec les témoins, et „de l’intérieur“, avec des textes autobiographiques de Kafka lus en off.

Les acteurs ont été filmés devant un fond bleu, ce qui a permis une surimpression de leurs visages dans les images des lieux. On a filmé par exemple un appartement pouvant être celui de la famille Kafka, et dans cette image apparaît comme surgie du royaume des morts, la tête de l’actrice représentant „Milena“ qui parle de Kafka et de leur histoire d’amour, et qui disparaît de nouveau après quelques temps dans le noir de la nuit. Cette procédure de la résurrection des morts grâce à nos images se répète à chaque fois que les acteurs apparaissent dans le film.

Chaque phrase qu’ils disent a réellement été écrite par les personnages originaux, à part pour Felice Bauer, l’ancienne fiancée, qui n’a jamais rien dit et rien écrit sur sa relation avec Kafka. Nous lui avons fait dire des phrases que Kafka lui avait écrites dans ses lettres.

 

Richard_Dindo_le lieu documentaire

Petit-fils d’immigrés italiens, Richard Dindo est né à Zurich en 1944. À l’âge de 15 ans, il se met à voyager, exerçant divers métiers alimentaires. Il s’installe à Paris en 1966 et se forme de façon autodidacte par ses lectures et sa fréquentation assidue de la Cinémathèque française. Il traverse les événements de 1968, qui l’ont profondément marqué et auxquels il est toujours resté fidèle. De cette expérience découle la part la plus politique de sa filmographie, qui compte des œuvres telles que « Dani, Michi, Renato & Max«  (1987).

L’art occupe également une place centrale dans son œuvre. « Arthur Rimbaud, une biographie«  (1991) est un documentaire basé sur des « entretiens fictifs » avec des acteurs et des actrices qui incarnent des personnes ayant personnellement connu Rimbaud. La voix du poète intervient également à travers des écrits lus par Jacques Bonnaffé. Le film raconte la vie de Rimbaud, depuis son enfance jusqu’à sa mort solitaire et précoce à Marseille. « Qui était Kafka ?«  (2005) reprend le même dispositif, mêlant souvenirs joués par des acteurs et extraits du Journal de l’écrivain, pour dessiner un portrait à la fois « intérieur » et « extérieur ».

« Aragon, le roman de Matisse » (2003) fait le lien entre deux thèmes essentiels dans l’œuvre de Richard Dindo : la peinture et la littérature. Il y filme les lieux où les deux artistes se sont rencontrés, à Nice, et les met en relation avec les écrits d’Aragon sur les œuvres de Matisse. « Gauguin à Tahiti et aux Marquises » (2010) est consacré aux dernières années de Gauguin, après son installation en Polynésie en 1891, à travers les récits du peintre lui-même. Dans « Charlotte, vie ou théâtre ?«  (1992), c’est à travers ses gouaches que nous est livrée l’histoire d’une jeune artiste juive allemande ayant vécu en exil dans les environs de Nice au début des années 1940 avant d’être arrêtée par la Gestapo et déportée à Auschwitz, où elle périt.

Richard Dindo s’est éteint le 12 février 2025 à Paris.

 

(Source : Les yeux doc. Notice biographique mise à jour en février 2025)

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