« En mai 1946, libéré des asiles où il avait été interné pendant plus de neuf ans, Antonin Artaud (1896- 1948) revient à Paris grâce à l’action d’un petit groupe de fidèles. L’auteur du Théâtre et son double va déployer jusqu’à sa mort une extraordinaire activité créatrice. Il publie Van Gogh le suicidé de la société, il dessine des dizaines de portraits, il enregistre l’émission radiophonique Pour en finir avec le jugement de Dieu, il donne sa conférence du Vieux-Colombier, il écrit sans cesse.
Filmés près d’un demi-siècle plus tard, ses proches, ses compagnons, ses amours avaient accepté enfin de parler de ce moment extraordinaire, notamment Marthe Robert, Henri Thomas, Henri Pichette, Anie Besnard, Jackie Adamov, Rolande Prevel ou Paule Thévenin, l’éditrice de ses œuvres complètes. « Le cercle du poète disparu » fait revivre, dans les allers et retours entre la maison de santé d’Ivry et le Saint-Germain-des-Prés d’après guerre, cet être d’exception, cet artiste de génie, cet ami étrange qui a illuminé leur vie. » (Jérôme Prieur, réalisateur)
Antonin Artaud a laissé une empreinte irrépressible dans la voix et le visage des amis qui l’arrachent de l’asile de Rodez et l’accompagnent les deux dernières années de sa vie à la maison de santé d’Ivry (1946-1948). A travers leur témoignage, le documentaire cerne la « vérité » d’Artaud quarante ans après sa mort. Le portrait d’un rebelle qui échappe à toute logique.
Les réalisateurs retrouvent les amis d’Artaud. Une curieuse société secrète. Le cinéma devient le lieu rêvé d’une exhumation. L’intensité des narrations, des documents sonores et des photographies recoupent le quotidien d’Artaud libre de circuler entre son pavillon d’Ivry et Paris grâce au Dr Delmas. Paroles singulières, contradictoires, culpabilisées que celles de ces amis frappés à vif. Malgré le temps, ils « expriment » Artaud devant une caméra discrète qui met en mouvement son corps en souffrance, sa pensée débridée, son appetance au laudanum. Parmi les fidèles : Paule Thévenin, éditrice de ses oeuvres complètes ; Marthe Robert, critique littéraire, avec Adamov elle organise sa sortie de Rodez. Quelque soit l’environnement, Artaud égal à lui-même, éblouit.
Elisabeth Ramus, Images de la culture / Cinémathèque du documentaire
Né en 1949 à Paris, Gérard Mordillat exerce divers métiers, dont celui d’ouvrier imprimeur, avant de devenir écrivain et cinéaste.
Il fait son apprentissage du cinéma par l’assistanat, notamment aux côtés de René Allio. En 1978, il coréalise avec Nicolas Philibert un premier long métrage documentaire, « La Voix de son maître, » dans lequel une douzaine de patrons de grands groupes industriels parlent du pouvoir, esquissant l’image d’un monde dominé par la finance. Il signe quelques années plus tard un premier long métrage de fiction largement autobiographique, « Vive la sociale ! » (1983), qui remporte le Prix Jean Vigo et sera suivi de nombreux autres. Il revient au documentaire dans les années 1990 avec « Béatrix Beck » (1991), portrait de l’écrivain filmé dans sa maison. Elle y évoque des souvenirs, mais aussi son rapport à la lecture, à la langue, à l’écriture, et y lit des extraits de ses œuvres.
Dans « La Véritable Histoire d’Artaud le Mômo » (1993), coréalisé avec Jérôme Prieur, les deux dernières années d’Antonin Artaud sont retracés par ceux qui l’ont connu.
Gérard Mordillat réalise en parallèle une fiction sur le même sujet avec Sami Frey dans le rôle-titre (« En compagnie d’Antonin Artaud », 1993). Avec Jérôme Prieur, il signe quatre grandes séries documentaires qui ont fait date autour des débuts du christianisme : « Corpus christi » (1997-1998), « L’Origine du christianisme » (2003), « L’Apocalypse » (2008) et « Jésus et l’Islam » (2015).
Il est par ailleurs président de l’association Altermedia, , qui a pour vocation de former aux métiers du cinéma des jeunes n’ayant pas obtenu le baccalauréat. Il préside également le festival international sur la mer et les marins Ciné Salé et a publié de nombreux romans, en adaptant certains pour le cinéma.
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Écrivain et réalisateur, Jérôme Prieur est l’auteur de nombreux films documentaires qui concernent l’Histoire.
Outre Corpus Christi et les grandes séries sur la naissance du christianisme réalisées avec Gérard Mordillat, on peut citer Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé, Prix du meilleur documentaire de télévision remis par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler à partir d’une enquête lancée par Harvard à l’été 1939, qui a été montré dans de nombreux pays.
Il est également l’auteur d’une vingtaine de livres, dont « La Moustache du soldat inconnu » (Seuil, collection La librairie du XXIe siècle, 2018) et « Regarder et ne pas voir. Louis Gillet, un témoin au cœur des années sombres (1936-1943) » (Seuil, collection La Librairie du XXIe siècle, 2024).
(Sources : RDV Histoire & Jérôme Prieur. Notice biographique mise à jour en octobre 2024)
+ Consulter l’ouvrage Où est passé le passé de Jérôme Prieur et Laurent Olivier
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