Photographe indépendant originaire d’Alsace, Alain Willaume développe une œuvre singulière en prise avec le monde qu’il sillonne et observe depuis de nombreuses années. L’exposition que lui ont consacré les Rencontres d’Arles en 2003 était intitulée « Bords du gouffre » ; elle mettait en perspective plusieurs séries de ses photographies qui, toutes, racontent la violence et la vulnérabilité du monde et des humains qui l’habitent.
Ces photographies ont constitué le fil conducteur du portrait que le réalisateur Baudouin Kœnig dresse d’Alain Willaume dans un documentaire qui nous mène des rives du Rhin jusqu’à Dharamsala en Inde en passant par Arles et Paris.
En contre champ, Alain Willaume nous y parle de son travail, de ses images énigmatiques et de sa représentation du monde.
Baudouin Koenig est réalisateur. Le cinéma documentaire, outil de dialogue et de connaissance de l’autre : c’est avec cette idée qu’il raconte depuis 1980 un monde blessé. Certains de ses films sont particulièrement salués par la critique : « I love Democracy : Turquie, Irlande-Sarajevo », « Les Démons de l’archipel », « Du Golf au Kurdistan, des hommes abandonnés de Dieu », « Keep Shooting », « Leïla Shahid, l’espoir en exil » et « Qui contrôle la mer ? »
En 2014, il réalise une enquête dans le laboratoire secret de l’ultra-libéralisme : « Armateurs, les lois offshore ». Il est aussi l’un des fondateurs d’ ALTERdoc, collectif de professionnels de l’audiovisuel réunis autour d’un engagement commun pour la défense des droits humains, et dont les buts sont de favoriser la production, la diffusion et de mettre sur pied des projets de formation.
Il enseigne le cinéma documentaire à l’Université Aix-Marseille.
Photo : Fabien Riberi (août 2025)
S’adossant dubitativement au réel, l’œuvre d’Alain Willaume se lit comme un atlas d’incertitudes, aux marges du documentaire. Farouche expérimentateur de formes, il dresse une cartographie personnelle qui alerte sur la violence et la vulnérabilité du monde et des humains qui l’habitent. Photographe pour qui la fiction n’est pas l’envers de la réalité mais une de ses modalités, Alain Willaume n’oppose pas engagement et mystère, mais les unit au contraire dans une forme n’ayant nul besoin d’être tonitruante pour être efficace. Ses images taciturnes, nourries de la tension et de la beauté du monde, ouvrent la pensée et la parole. Elles mettent à jour, sous la conformité des apparences, des lignes de failles et des béances. S’appuyant sur l’écriture et/ou l’installation dans l’espace, son travail photographique interroge la condition des paysages, à la fois puissants et en sursis, et le comportement de l’homme.
Le travail d’Alain Willaume a fait l’objet de nombreuses expositions : Rencontres d’Arles, Fondation Cartier (Paris), CAPC-Villa Perochon (Niort), festival Fotografia Europea de Reggio Emilia (Italie), FIAF Gallery New York (USA), Festival Portrait(s) (Vichy), Lux-scène nationale (Valence), théâtre national de La Colline (Paris), Biennale photographique de Mulhouse, Rencontres photographiques de Bamako (Mali)…Il est l’auteur de plusieurs monographies, notamment « Un réalisme hanté » (Arnaud Bizalion Éditeur), « Coordonnées 72/18 », (Éditions Xavier Barral) nominé au Prix Nadar 2019, « Bords du gouffre » (Éditions Textuel). Ses œuvres figurent parmi des collections publiques et privées (Fondation Cartier, Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, MAMC Strasbourg). Il est lauréat de la Fondation des Artistes 2021, du Sony World Photography Award 2011 (premier prix, catégorie Portraits) ainsi que du Prix Kodak de la critique photographique 1979. Il est lauréat 2024 de la Villa Kujoyama, avec le soutien de l’Institut français, de l’Institut français du Japon et de la Fondation Bettencourt Schueller.
Il est également l’auteur de « La ligne des amers » (1998), une installation photographique permanente produite et récemment restaurée par le CEAAC (Centre européen d’actions artistiques).
Alain Willaume est membre du collectif Tendance Floue depuis 2009.
