À Bruxelles, dans les « lieux de liens », chaque personne est la bienvenue, pour un instant, un jour ou une vie.
Dans ces espaces ouverts et co-gérés, on peut simplement se poser ou, si on le désire, organiser ou participer à des activités collectives, génératrices de liens.
Aux côtés d’un groupe de chercheur·euse·s, de cinéastes et de designers, les membres de quatre lieux bruxellois ont réfléchi à leur expérience et inventé des outils sensibles pour la partager.
Dans une société de plus en plus individualiste, il existe encore des projets sociaux qui valorisent le lien humain, comme ceux présentés dans ce documentaire. Babel’zin, Club 55, Espace 51 et Club Norwest sont des lieux d’expression bruxellois qui offrent à chacun, qu’il s’agisse de personnes souffrant de troubles mentaux, de personnes âgées ou simplement d’individus en quête d’évasion, un espace pour se rencontrer et échanger.
La bienveillance est au cœur de ces lieux de liens, qui permettent à celles et ceux qui le souhaitent de raconter leur récit de vie, avec leurs bagages et leurs anecdotes. Les réalisateurs donnent même une handycam aux membres de ces lieux afin qu’ils puissent filmer librement leur réalité. Ces scènes servent de transitions et permettent de capter et de transmettre à l’image leurs émotions, leurs perceptions et l’atmosphère singulière de ces lieux hors normes.
Créer le contact est la clé pour façonner les liens sociaux, d’autant plus pour des personnes qui rencontrent de grandes difficultés. Malgré la douceur qui se dégage du film, on comprend rapidement que l’on a affaire à des personnes marquées par la vie, qui trouvent dans ces établissements une échappatoire pour se soulager mentalement.
Ces lieux ne cherchent pas à se définir comme des institutions figées, avec des règles et un cadre formel, mais comme de véritables communautés vivantes. Ils reposent avant tout sur l’écoute, la présence et le respect des trajectoires individuelles. Chacun y est accueilli pour ce qu’il est, avec son histoire et ses fragilités, sans jugement. Cette absence de distance institutionnelle permet de créer un climat de confiance, où le lien se tisse naturellement, avec la parole comme seul remède.
Le documentaire soulève également un problème lié aux contraintes juridiques imposées par l’État. Les lieux de liens aimeraient idéalement que leurs locaux restent ouverts en permanence afin de permettre un accès libre et spontané. La loi impose la présence d’un référent de l’équipe pour ouvrir les espaces, ce qui limite cette liberté de fonctionnement. Cette obligation vient rappeler que beaucoup de projets sociaux doivent composer avec un cadre administratif strict et parfois en décalage avec leur philosophie.
Ces lieux de liens sont une réelle aubaine pour garantir un minimum d’humanité dans une époque où le profit règne sur la solidarité.
— Kyllian Bruwier, via le site Cinergie.be
Le collectif « La Bienvenue » à Bruxelles
Le projet « La Bienvenue » avait pour objectif de comprendre et de mettre en lumière la manière dont les espaces communautaires (« lieux de lien ») développent des formes alternatives d’organisation collective, et comment ils contribuent à l’émancipation sociale ainsi qu’à la déstigmatisation de la santé mentale.
Le travail documentaire s’est appuyé sur un processus de tournage immersif. Réalisé au sein de quatre lieux de lien, le tournage s’est déroulé sur une période de deux ans, durant laquelle les membres ont été filmés tout en filmant eux-mêmes à l’aide de dispositifs cinématographiques imaginés et conçus collectivement lors d’ateliers de design. Ces dispositifs, appelés « caméramobiles », ont permis aux participant·e·s de devenir pleinement acteurs de la réalisation.
Quatre séances de recherche ont réuni des chercheur·euse·s en sciences sociales, l’équipe de réalisation et les membres des lieux de lien. Filmées, ces séances ont pris la forme de discussions collectives animées. Les échanges qui en sont issus ont fait émerger des réflexions fortes sur les notions de normalité, de déviance et sur la place de la santé mentale dans notre société. Cette recherche a également permis de développer des méthodes originales d’apprentissage collectif, visant à donner une véritable place à la parole des personnes issues de groupes marginalisés, tout en évitant les écueils d’une participation de façade servant uniquement à légitimer la production de connaissances scientifiques.
Le documentaire interroge également les logiques d’organisation des réseaux de soins psychiatriques, des institutions, des services de santé mentale et des lieux de lien en Belgique francophone, en donnant la parole aux personnes directement concernées.
En mettant en avant une approche du soin centrée sur la personne et ancrée dans les expériences vécues, il contribue à déconstruire les représentations stigmatisantes de la souffrance psychique et à promouvoir une société plus inclusive. Il met en lumière des pratiques qui favorisent l’autonomie, la dignité et la qualité de vie. En replaçant le collectif au cœur du soin, il invite également à repenser nos systèmes de santé, encore largement dominés par un paradigme curatif et individualisé, vers davantage d’humanité, de participation citoyenne et de justice sociale.
Le collectif « La Bienvenue », basé à Bruxelles, est composé de Maya Duverdier (réalisatrice et cheffe de projet), Sophie Thunus (sociologue, UCLouvain-Bruxelles, cheffe de projet), Caroline Godart (dramaturge, École de Recherche Graphique – ERG, Bruxelles), Alain Loute (philosophe et éthicien, UCLouvain-Bruxelles), Silvia Mesturini (anthropologue, École de Recherche Graphique – ERG, Bruxelles), Naomi Ohura et Thomas Ronti (sociologues, UCLouvain-Bruxelles), ainsi que Marie Van Den Neste et Noémie Tollenaere (travailleuses dans des « lieux de lien »).
Bande annonce de « Dreaming walls : inside the Chelsea Hotel », co-réalisé par Maya Duverdier en 2022.
Après un bachelor en arts en France, Maya Duverdier a obtenu son Master en cinéma à l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne avec son documentaire « JEANNE SANS ARC » (2014). A côté de son travail de réalisatrice et de scénariste pour le cinéma et le documentaire, elle est également active au sein de différents postes de production cinématographique, télévisuelle et publicitaire.
Après « DREAMING WALLS » son premier long métrage documentaire, co-réalisé en 2022 avec Amélie van Elmbt, consacré aux locataires du mythique Chelsea Hotel à New-York, elle a réalisé en 2025, avec Joe Rohanne, » La Bienvenue ».
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