Hitch, une histoire iranienne

  • Chowra Makaremi
2019
78min

Synopsis

Disponible en consultation gratuite sur place

« Ma mère, une opposante à la République islamique d’Iran, est arrêtée en 1981 ; j’ai sept mois. Emprisonnée, torturée, elle disparait durant l’exécution massive de milliers d’opposants au cours de l’été 1988. En découvrant progressivement ce passé, qui reste tabou en Iran, je me pose la question : comment l’absence des corps emprisonne-t-elle nos mémoires, là où le politique griffe au plus intime ? Là où seul l’intime reste en témoignage d’une politique ? J’enquête en dressant la cartographie de ce qui reste, quand l’histoire a effacé les êtres et s’attache à gommer les contours de la disparition. » Chowra Makaremi, réalisatrice

Mots clés : 
  • Autoportrait
  • Dictature
  • Famille
  • Histoire
  • iran
  • Mémoire
  • Politique

« Ma mère, une opposante à la République islamique d’Iran, est arrêtée en 1981 ; j’ai sept mois. Emprisonnée, torturée, elle disparait durant l’exécution massive de milliers d’opposants au cours de l’été 1988. En découvrant progressivement ce passé, qui reste tabou en Iran, je me pose la question : comment l’absence des corps emprisonne-t-elle nos mémoires, là où le politique griffe au plus intime ? Là où seul l’intime reste en témoignage d’une politique ? J’enquête en dressant la cartographie de ce qui reste, quand l’histoire a effacé les êtres et s’attache à gommer les contours de la disparition. » Chowra Makaremi, réalisatrice

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Opposante à la République islamique d’Iran, Fatemeh Zarei est arrêtée le 15 juin 1981. Elle passe “7 ans et 6 mois en prison, dont 3 ans en cellule d’isolement”, puis disparaît au cours d’une campagne d’exécutions massive des prisonniers politiques, en décembre 1988. C’est sa mémoire que sa fille Chowra Makaremi tente ici de ranimer, en convoquant d’autres voix, d’autres histoires – celles de ses proches d’abord, des membres de sa famille, et, indissociable, l’Histoire de l’Iran contemporain, depuis la révolution de 1979 jusqu’à aujourd’hui.

Le mot hitch, qui en persan signifie rien, désigne le silence, l’opacité et l’ignorance qui entourent les circonstances de la mort de Fatemeh – parmi tant d’autres victimes de la révolution islamique. Silence érigé en loi par un régime qui, aujourd’hui encore, s’emploie méthodiquement à occulter, effacer, détruire toute trace d’opposition. Or c’est précisément contre et à partir de ce rien que Chowra Makaremi a mené son enquête – en puisant à des sources très diverses, disparates, et parfois discordantes.

À rebours du discours officiel, elle a d’abord trouvé le cahier dans lequel son grand-père, Aziz Zarei, a consigné ses mémoires de l’incarcération et de l’exécution de ses deux filles, Fatemeh et Fataneh. À ce Cahier d’Aziz, qu’elle a traduit et publié, s’ajoutent les paroles de sa grand-mère, de son père et de ses tantes, des coupures de presse, des images volées ou arrachées à la censure, des listes de noms, des photos et des archives privées, quelques objets personnels, anodins et précieux, et aussi des fragments de rêve…

Mais au-delà des histoires particulières et collectives qu’il relate et réactive, au-delà des stratégies qu’il déploie pour combattre l’effacement et faire resurgir “la présence de l’absence”, Hitch, une histoire iranienne est hanté par la question de savoir comment se construire, et vivre, sur le manque, le secret, la violence et la peur.

Myriam Bloedé, Images de la culture / Cinémathèque du documentaire

Prix du premier film, Festival international Jean Rouch 2019.

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L’AVIS DE TËNK

Chowra Makaremi était déjà associée en 2019 au festival Doc-Cévennes en tant que coordinatrice des rencontres IRIS-EHESS ouvertes au public. Elle nous a surpris avec ce film remarquable qui nous a fait découvrir en elle une cinéaste de talent. La réalisatrice cherche avec « Hitch » à s’opposer au vide imposé par un pouvoir totalitaire. Comment faire un film sans images autres que celles des mémoires emprisonnées qui garde vivants ceux qui devaient disparaitre dans un lourd silence politique ?

Ce film fait écho à l’exergue de notre festival, empruntée à Patricio Guzmán : « un pays sans documentaire c’est comme une famille sans photo, une mémoire vide. »

Henri de Latour, fondateur et co-programmateur du festival Doc-Cévennes

Chowra_Makaremi - le lieu documentaire

Chowra Makaremi est chargée de recherche au CNRS, ses travaux portent sur l’anthropologie de l’État, les formes juridiques et ordinaires de la violence et l’expérience qu’en font les sujets, notamment en situation d’exil. Ils s’articulent autour de deux thèmes : une ethnographie des expériences migratoires, et une anthropologie de la violence. « Hitch, une histoire iranienne » est son premier film.

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