Hair, Paper, Water…

  • Nicolas Graux
  • Truong Minh Quy
1996
71min

Synopsis

Dans une grotte, il y a plus de 60 ans, elle est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village, entourée de ses enfants et petits-enfants. Parfois, dans ses rêves, sa mère défunte l’appelle – là-bas, dans la grotte. Le film recueille des instants fugaces de sa vie quotidienne, et la transmission fragile de sa langue, le rục, à ses petits-enfants.

Mots clés : 
  • Anthropologie
  • Identité culturelle
  • Linguistique
  • Nature
  • Portrait
  • Spiritualité
  • Vietnam

Dans une grotte, il y a plus de 60 ans, elle est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village, entourée de ses enfants et petits-enfants. Parfois, dans ses rêves, sa mère défunte l’appelle – là-bas, dans la grotte. Le film recueille des instants fugaces de sa vie quotidienne, et la transmission fragile de sa langue, le rục, à ses petits-enfants.

Truong Minh Quy - Nicolas Graux - Hair Paper Water - le lieu documentaire - aff

« Ce film démontre que le cinéma documentaire peut être à la fois beau, intelligent et émouvant, sans jamais sacrifier l’une ce ces qualités au profit des autres. » Lire la critique sur le site avoir-alire.com

C’est la voix chaleureuse de Cao Thị Hậu, une vieille dame issue d’une région rurale du Vietnam, qui porte ce documentaire sensoriel. Elle appartient à la communauté Rục, une minorité ethnique qui a vécu isolée dans des grottes jusqu’aux années 1950, avant d’être déplacée par le gouvernement dans des villages. Aujourd’hui, elle vit avec ses petits-enfants, à qui elle transmet avec amour la langue fragile des Rục et les savoirs traditionnels.

Des observations intimes, tournées sur une pellicule granuleuse, révèlent la beauté des petits moments du quotidien, la tendresse des liens familiaux et la force tranquille avec laquelle elle préserve sa culture et ses traditions. Il en résulte un portrait de famille poétique, où le son des feuilles, de la boue et de l’eau qui goutte compose une partition acoustique qui éveille les sens et suscite un émerveillement silencieux.

L’avis du GNCR (Groupement national des cinémas de recherche)

Le duo de cinéastes nous offre un tout autre objet cinématographique après le salué « Viet and Nam » de Trong Minh Quy (Un certain Regard 2024). On y découvre Madame Hậu, une vieille femme de l’ethnie Rục qui s’occupe de ses enfants et petits-enfants à qui elle a consacré toute sa vie. Tout en douceur, les réalisateurs la filme dans ses gestes quotidiens : cueillette, soin du bébé…

Mais « Hair, Paper, Water… », c’est aussi et surtout une affaire de transmission, à laquelle s’acharne Madame Hậu en tentant d’apprendre sa langue ancestrale à son petit-fils.

Cheveux, Papier, Eau, mais aussi Lumière, Sang… sont martelés à l’écran et rythment le film, l’imprégnant de cet apprentissage comme de poésie. Ce film court (1h10) n’est pas non plus dénué de touches d’humour, ni de politique à travers le regard porté sur la modernité : immeubles, déforestation, travail ouvrier…

Un geste cinématographique brut mais délicat, du réel à la poésie, tourné en 16mm, qui nous livre (aussi et surtout) une belle leçon d’altérité.

Mathilde Rolland, assistante de coordination et d’animation, MaCaO 7ème art – Association de salles de cinéma en Normandie

NOTES D’INTENTION DES RÉALISATEURS ‘EXTRAITS DU DOSSIER DE PRESSE)

Nous nous souvenons de ce jour-là, plongés dans l’obscurité totale et le silence épais de la grotte. C’était la première fois que nous découvrions ce que signifiait réellement l’obscurité, au point de la sentir peser sur notre peau. Nous étions entrés dans cette grotte pour filmer le squelette d’un serpent, peut-être un python. Presque la moitié du squelette était déjà incrustée de dépôts de calcite. Au-dessus de nos têtes, l’eau tombait des stalactites, goutte après goutte. Dans une grotte comme celle-là, la peur la plus profonde est aussi une peur toute simple et concrète : que toutes les sources de lumière s’éteignent soudainement. Il y a toujours la possibilité qu’à quelques mètres à peine devant, dans le noir absolu, se cache un précipice.

Les grottes, vastes ou étroites, abondent dans cette région du centre du Vietnam, près de la frontière laotienne. Au fil de millions d’années, l’eau a creusé les montagnes calcaires, formant ces cavités naturelles dans les parois. Et c’est dans ces grottes que sont abrités les souvenirs d’enfance de Mme Cao Thị Hậu.

Elle y est née et vit aujourd’hui dans un village proche du lieu de son enfance, accessible par de petits sentiers de terre dissimulés, serpentant à travers la jungle.

Un jour, il y a environ sept ans, en 2018, elle nous avait dit à moitié en plaisantant que si les vallées étaient submergées pendant la saison des crues, elle pourrait retourner dans sa grotte en bateau. L’image d’elle flottant sur des eaux vert jade, glissant entre des arbres et des panneaux de signalisation à demi engloutis, ramant lentement vers l’entrée d’une grotte, est restée gravée en nous.

Le film dégage l’esprit d’un film amateur des années 1960-70, traversé d’aperçus fugaces de la beauté du quotidien : des gens qui cuisinent et mangent, des enfants jouant dans les champs, des buffles se baignant dans la boue, des fleurs détrempées par la pluie, un nouveau-né qui pleure…

Puis, une révélation venue du quotidien : il y a environ cinq ans, par hasard, nous nous sommes souvenus que, sous notre lit, enfoui parmi des valises poussiéreuses et des objets oubliés, se trouvait un boîtier métallique.

À l’intérieur, une caméra Bolex 16 mm avec un jeu d’objectifs, prêtée par une amie cinéaste. En la prenant en main, nous avons pensé qu’il serait intéressant de relever le défi de réaliser un film avec cette vieille caméra, en acceptant toutes ses contraintes techniques : remonter le ressort à la main avant chaque prise, une durée d’enregistrement très courte (une vingtaine de secondes), une pellicule instable, un viseur minuscule et sombre qui rend la mise au point aussi délicate pour l’œil que pour les doigts.

Cette impulsion technique, mêlée à l’image de Mme Hậu regagnant sa maison sur les eaux, a donné forme et matière à « Hair, Paper, Water… ».

Dès le départ, avant que quoi que ce soit ne devienne concret, nous avons pris la décision de faire ce film pour le plaisir. Nous ne voulions pas que l’échelle du projet dépasse ses intentions. Il y a une certaine joie à faire quelque chose de simple, à portée de main, dans le calme et avec un rythme posé.

La plupart du temps pendant le tournage, nous attendions : que la pluie arrive ou cesse, que la vallée se transforme en
lac temporaire, que les enfants sortent de l’école, que Mme Hậu retrouve son veau égaré.

Et pendant ces temps d’attente, nous avons entendu beaucoup de belles choses.

Le film se déploie comme un livre pour enfants, avec des images colorées et des mots simples :

Eau – Feu – Sang – Chauve-souris – Rêve – Cheveux – Souvenir – Pluie – Ciel – Terre – Lumière – Nuit…

Au montage, les images et les sons se sont assemblés en un courant spontané, et nous avons accepté de nous laisser porter par ce courant.

Truong Minh Quy - Nicolas Graux - Hair Paper Water - le lieu documentaire - 01

« Un poème fait de mots et de gestes à transmettre, à répéter, pour ne pas oublier. »
Le Monde

RÉCOMPENSES

Léopard d’Or de la compétition Cinéastes du Présent, Locarno Film Festival (2025)
Boccalino d’Oro pour la Meilleure Cinématographie, Locarno Film Festival (2025)
Golden Coconut Award du Meilleur Documentaire, Hainan Island International Film Festival (2025)
Montgolfière d’Argent, Festival des 3 Continents (2025)
Grand Prix, BAFICI (2026)
Grand Prix, Taiwan International Documentary Festival (2026)
Prix du Patrimoine vivant, Festival Jean Rouch (2026)
Prix Monde en Regard, Festival Jean Rouch (2026)
CineRebels Award, Festival de Munich (2026)
Meilleur Documentaire, Terralenta Film Fest (2026)

Truong Minh Quy - le lieu documentaire

Trương Minh Quý (Vietnam, 1990) réalise des films à la frontière du documentaire et de la fiction. En 2021, il sort diplômé du Fresnoy, Studio national des arts contemporains, à Tourcoing, en France.

Son cinéma, entre personnel et collectif, puise dans les paysages de sa région natale, les souvenirs de son enfance, et l’histoire du Vietnam. Il a présenté ses films dans de nombreux festivals internationaux tels que Cannes, la Berlinale, Locarno, New York et Rotterdam.

“Việ̂t and Nam” (2024) a été sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.

Il a coréalisé avec Nicolas Graux son dernier film, “Tóc, Giấ́y và Nước…” [Hair, Paper, Water…] (2025).

Filmographie sur film-documentaire fr

Nicolas Graux - le lieu documentaire

Nicolas Graux (Belgique, 1988) s’intéresse, à travers son cinéma, aux vies en marge et aux enjeux sociaux et politiques. Son regard patient et poétique oscille entre documentaire et fiction.

Diplômé de l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) en Belgique, il a cofondé la société de production Replica.

Son premier long métrage, “Century of Smoke” (2019), un portrait d’une communauté laotienne dépendante à l’opium, a été présenté en première mondiale à Visions du Réel en Suisse, puis sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, dont São Paulo, Munich et Cartagena.

Depuis 2020, il collabore, par-delà les frontières et les formes, avec le cinéaste vietnamien Trương Minh Quý. Ensemble, ils ont réalisé “Tóc, Giấ́y và Nước…” [Hair, Paper, Water…] (2025)

Filmographie sur film-documentaire fr

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