L’histoire d’une amitié unique, mise en scène avec douceur, dans le décor paisible de la campagne normande. Green Boys pourrait être un » Petit Prince » du millénaire de l’exil. Alhassane, 17 ans, a quitté la Guinée et arrive seul en France après un éprouvant périple. Accueilli dans un village en Normandie, il rencontre Louka, 13 ans. Entre les deux garçons une amitié naît et s’invente jour après jour. Ce qui les sépare les lie tout autant que ce qui les unit. Durant l’été, ils construisent une cabane sur la falaise qui surplombe la mer. Comme une zone de liberté, elle sera un lieu secret de l’enfance et le refuge des blessures.
Critique de Catherine Bizern, directrice artistique du Festival Cinéma du Réel
« C’est une histoire de rencontre, une histoire d’amitié. Au milieu des champs de lin et des pâturages avec vue sur la mer, dans le Pays de Caux, Louka 13 ans et Alhassane 17 ans, jouent au foot, pêchent à l’épuisette, montent aux arbres, se donnent des leçons de choses. Alhassane vient de loin, Louka est d’ici mais tous deux semblent être apparus là dans le paysage instantanément, chacun a sa manière réincarnation du petit prince de Saint-Exupery. Jour après jour ils s’apprivoisent et au rythme de l’amitié qui se noue, construisent une cabane. La cabane c’est celle que l’on bâtit en Guinée, le pays d’Alhassane, et plus que le refuge de leur enfance, elle est comme un bout d’Afrique posée là à flan de colline. Les promeneurs qui passent sur le chemin semblent y venir en voyage. Dans la cabane, Alhassane ne veut pas dormir la nuit. Il a peur des diables. Louka lui n’y croit pas. Mais ce qui les sépare les lie tout autant que ce qui les réunit. Cette histoire de petits princes, l’un à l’orée de l’adolescence l’autre au bord de l’âge adulte, est une histoire mise en scène avec douceur, cadres ouverts sur l’horizon, plans qui s’étirent dans le décor paisible d’une ruralité qui semble échapper à toute violence. Moment précieux, filmée comme hors du temps, cette amitié qu’Ariane Doublet conte avec délicatesse, n’est pas tant porteuse d’espoir, elle apparaît plutôt comme une parenthèse enchantée. »
Entretien avec Ariane Doublet, réalisatrice de Green Boys
Note d'intention de la réalisatrice
Je fais partie d’une association havraise, Des lits solidaires, qui organise l’accueil chez des particuliers de jeunes migrants arrivés en France.
C’est ainsi qu’Alhassane est arrivé chez moi au mois d’août. J’habite un petit village de 300 habitants sur le littoral normand. C’est en cherchant des partenaires de foot pour Alhassane que nous avons rencontré Louka. Dès le premier jour, il est venu chercher Alhassane à la maison pour l’emmener au terrain de foot. Là, il a branché une enceinte sur son téléphone portable, il a mis de la musique et ils ont commencé un free style avec le ballon.
Tous les matins Louka est venu chercher Alhassane à la maison. Ils partaient à vélo dans la campagne ou descendaient à la mer par la valleuse d’Etigues. Grâce à ce petit blond fin et agile, joyeux et précis, Alhassane renouait avec sa part d’enfance. Louka veillait sur ce beau grand gars un peu réservé, qui disait de lui : Louka c’est mon ami.
Alhassane a quitté son pays natal, la Guinée Conakry à 14 ans. Il a beaucoup marché. Il a traversé l’Algérie. Il a été emprisonné en Lybie. Il a travaillé sans être payé. Il a été secouru en méditerranée parmi d’autres naufragés. Il est resté 6 mois dans un camp en Sardaigne, puis est finalement arrivé au Havre deux ans plus tard, seul, sa mère restée en Guinée. La première période d’accueil s’est achevée. Louka et Alhassane se sont séparés en se promettant de se retrouver aux prochaines vacances, et de construire leur cabane dans la valleuse d’Etigues. La valleuse d’Etigues est un lieu encore par endroit sauvage, d’une belle topographie. C’est une brèche qui s’ouvre vers la mer, perçant les falaises de craie. On peut y trouver des grottes, des renards et des lapins en quantité. Des baies, des sources d’eau douce, des génisses et des taurillons dans les herbages. Quelques parcelles cultivées… Un ou deux éleveurs de bovins, chasseurs, cueilleurs, promeneurs, baigneurs et pêcheurs occasionnels. D’ici descend le petit chemin vers la plage, la mer et son horizon. À Etigues le temps se dépose dans un découpage singulier. Temps durant lequel la cabane s’installera méticuleusement. La cabane dans la valleuse d’Etigues sera comme un lieu hors de tous les lieux. Un espace absolument autre. Comme la contestation de tous les autres espaces sociaux. La cabane sera aussi un refuge aux blessures. Celles d’Alhassane, souvent profondes, se raconteront par morceaux, à l’oreille de Louka, petit à petit.
Extrait du dossier de presse, paroles d'Ariane Doublet
Je ne voulais pas sortir du creux de la valleuse qui se trouve en bas de chez moi. Le film raconte une parenthèse, à l’écart des violences de la société. Cette vallée est connectée à mon enfance. C’était mon jardin secret. J’y ai construit moi-même des cabanes. J’avais un grand plaisir à partager cela des années plus tard avec Alhassane et Louka. On a tourné au mois d’août et il n’y avait personne. C’est un endroit encore assez sauvage. Les animaux, la nature sont très présents dans le film. Il y a un renard, des buses, des lapins que peuvent observer les garçons. Ce lieu permet une renaissance. Si le film avait fait une place aux juges, à la préfecture, il aurait été radicalement différent..
Lire/télécharger le dossier de presse : ici.
Ariane Doublet est née en 1965. Très tôt elle s’intéresse à la photographie et travaille dans un laboratoire de tirages noir et blanc. Elle suivra ensuite des études de montage à la FEMIS. Elle réalise son premier court-métrage documentaire en 1995 dans son village en Normandie, tout en continuant à exercer son travail de monteuse. La cinéaste poursuit, depuis une vingtaine d’années, un travail en profondeur sur le monde rural et ses bouleversements. Si elle entretient souvent une complicité amusée avec les personnages de ses films, derrière cette légèreté en trompe l’œil, s’esquisse une réflexion sur les temps modernes, ses ressorts et ses maux. Ils sont paysans dans Les Terriens, vétérinaires dans Les bêtes, ouvriers dans Les sucriers de Colleville, filateurs chinois dans La pluie et le beau temps, ou syriens réfugiés dans un village normand. Elle tourne la plupart de ses films dans le Pays de Caux, à la recherche d’une géographie humaine et universelle. Depuis 2002, elle a par ailleurs entamé un travail en plusieurs volets dans un petit village du Nord Bénin.
Filmographie
1991 – Terre-Neuvas – co-réalisation / FEMIS
1993 – Jours d’été – co-réalisation / Trans Europe Films
1999 – Stop la Violence / Nova Productions
2000 – Les Terriens / QuarkProductions
2001 – Les Bêtes / Quark Productions
2003 – Les Sucriers de Colleville / QuarkProductions
2005 – La République des rêves / Le Volcan Scène Nationale
2005 – La Maison neuve / QuarkProductions
2006 – Eva, Ana, Claudine – 3X26mn / Les films d’Ici
2006 – Aux détenus de Val de Reuil / Atelier en prison
2009 – Fièvres / QuarkProductions
2009 – Le vestiaire des vivants / Archipel 33
2011 – La Pluie et le beau Temps / QuarkProductions
2015 – La terre en morceaux / Quark Productions
2017 – Les réfugiés de Saint-Jouin / Quark Productions
2019 – Green Boys / SquawProductions
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