Que veut dire « être Haïtien » aujourd’hui ? Comment surmonter cette stagnation à tous niveaux dans la société haïtienne ? Quelle est cette « maladie de l’âme » qui ronge mon peuple ?
Je suis née dans un quartier pauvre. Aujourd’hui, j’ai 31 ans, je suis comédienne et réalisatrice. En m’appuyant sur mon cheminement personnel, marqué par la maladie mentale de ma mère – maladie qui selon elle est une malédiction du monde invisible – et ma propre quête d’identité, je veux proposer un nouveau regard sur mon île natale et ses habitants. (Gessica Généus)
L'Avis de Tënk
Pour son premier geste documentaire, Gessica Généus s’attaque à ses démons familiaux.
La crainte qui habite la réalisatrice, de sombrer comme sa mère dans la folie, la pousse à se questionner au-delà du mysticisme familial, écartelé entre culture vaudou et protestantisme blanc. Elle pose alors un regard historique et politique sur son histoire afin de rompre avec les croyances transmises de générations en générations. À travers cette quête intime troublante, elle déplie avec finesse les conséquences douloureuses des années de colonisation sur l’identité du peuple haïtien.
Lysa Heurtier Manzanares, réalisatrice
Gessica Généus débute sa carrière de comédienne à 17 ans dans le long-métrage Barikad, de Richard Sénécal. Elle a ensuite collaboré avec de nombreux réalisateurs haïtiens et
internationaux, dont Raoul Peck (Moloch Tropical), Philippe Niang (Toussaint Louverture) et Kareem Mortimer (Cargo).
En 2010, après le séisme, Gessica cherche à s’impliquer dans la reconstruction de son pays, et travaille pour les Nations Unies. Avec 70 jeunes travailleurs sociaux, elle accompagne Miyamoto, une entreprise japonaise spécialisée dans les constructions antisismiques, ainsi que les ingénieurs du ministère des Travaux publics dans l’évaluation des bâtiments dans les endroits les plus défavorisés de Port-au-Prince, afin d’identifier de potentiels bénéficiaires du programme de logement d’urgence lancé par l’une des agences des Nations unies, l’UNOPS.
En 2011, Gessica décroche une bourse d’études à l’Acting International de Paris. De retour en Haïti, elle crée sa société de production, Ayizian Productions, afin de développer ses propres réalisations. En 2014, elle réalise Vizaj Nou, une série sur les grandes figures de la société haïtienne contemporaine (Anthony Pascal dit Konpè Filo, de Viviane Gauthier, d’Odette Roy Fombrun et de Frankétienne), en collaboration avec la Télévision Caraïbes.
Douvan jou ka leve (Le jour se lèvera) est son premier film pour France Télévisions. Il a fait l’objet de plus d’une vingtaine de sélections en festivals (Etats-Unis, France, Canada, Trinitad, Burkina Faso, Roumanie) et a remporté six prix.
En 2021, son film de fiction Freda est sélectionné à Cannes, il retrace la vie d’une jeune femme qui habite avec sa mère et sa soeur dans un quartier du Port-au-Prince.
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