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Le rencard de midi

« Maso et Miso vont en bateau » par Les Insoumuses – Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig

mercredi 09 décembre 2026
à 12:30
Le Lieu documentaire, Maison de l’image, Strasbourg

Projection gratuite de « Maso et Miso vot en bateau » par Les Insoumuses –  Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart (55 mn, 1976, Les Muses s’amusent, Centre audiovisuel Simone de Beauvoir) suivie d’un échange avec les spectateur·ices, dans le cadre de notre nouveau rendez-vous : « Le rencard de midi » autour d’un classique du cinéma documentaire.

Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.

Cette projection programmée et animée par le comité de programmation des bénévoles du Lieu documentaire est proposée dans le cadre de la présentation de la collection des classiques mise à disposition par la Cinémathèque du documentaire.

Info : la salle de projection du Lieu documentaire est accessible aux personnes à mobilité réduite. Des places PMR sont dédiées au premier rang.

  • Carole Roussopoulos
  • Delphine Seyrig
  • Ioana Wieder
  • Les Insoumuses
  • Nadja Ringart
1976
55'
  • Les Muses s'amusent

« Le 30 décembre 1975, après avoir vu sur Antenne 2 l’émission de Bernard Pivot intitulée Encore un jour et l’Année de la femme, ouf ! C’est fini, nous avons éprouvé le besoin immense d’exprimer notre point de vue, de répondre… » Le collectif Les Insoumuses (Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart) détournent de manière humoristique une émission de Bernard Pivot avec Françoise Giroud.

Un véritable détournement politique, un piratage humoristique et un manifeste pour la vidéo féministe.

« Bernard Pivot invite Françoise Giroud, alors première secrétaire d’État à la condition féminine, pour une émission misogyne : Encore un jour et l’année de la femme, ouf ! c’est fini. Le collectif les Insoumuses recycle l’émission par des interventions pleines d’humour et en fait « la preuve officielle que le secrétariat d’État à la condition féminine est une mystification ».
Des cartons donnent les réponses que Françoise Giroud aurait dû donner ; une interview de Simone de Beauvoir contredit ses propos ; les arrêts sur image soulignent son inaptitude. « Notre propos est de montrer qu’aucune femme ne peut représenter toutes les autres femmes au sein d’un gouvernement patriarcal, quel qu’il soit. Elle ne peut qu’incarner la condition féminine oscillant entre la nécessité de plaire (féminisation-maso) et le désir d’accéder au pouvoir (masculinisation-miso). Quant aux réformes proposées par Françoise Giroud, elles peuvent être proposées directement par les ministères concernés (travail, justice, santé…). Aucune image de la télévision ne veut ou ne peut nous refléter, c’est avec la vidéo que nous nous raconterons. » Une des premières vidéo scratch en France, une vidéo mythique. (Nathalie Magnan)

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L’AVIS DE TËNK

Maso et Miso vont en bateau est l’une des productions emblématiques du collectif Les Insoumuses et un des films du Centre Simone de Beauvoir les plus diffusés en France et dans le monde. En réaction à la complaisance de la Secrétaire d’État chargée de la Condition féminine à l’égard des « fieffés misos » invités de Bernard Pivot, il est une réponse mordante et argumentée de quatre féministes radicales qui repèrent, démontent et contrent ces flagrants délits de sexisme.

« Aucune image de la TÉLÉVISION ne peut nous incarner, c’est avec la VIDÉO que nous nous raconterons. » scandent-elles dans le film.

Il est projeté au cinéma parisien indépendant L’Entrepôt en 1976 malgré des tentatives de Françoise Giroud pour en empêcher la diffusion. Il est aussi largement distribué au sein des groupes féministes de l’époque.

— Nicole Fernández Ferrer
Déléguée générale du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir
avec l’aide d’Anne-Laure Berteau

Détournement humoristique d’une émission de Bernard Pivot recevant Françoise Giroud.

En 1975, à l’occasion de l’Année internationale de la Femme, Bernard Pivot invite Françoise Giroud, Secrétaire d’Etat à la condition féminine (1974-1976) à commenter cette année au cours d’une émission dont le titre est « L’année de la femme, ouf ! c’est fini. »

Le principe de l’émission de Pivot est simple. Après avoir montré des interviews de plusieurs personnalités publiques : José Arthur, journaliste radio ; Marcel Julian, PDG d’Antenne 2 ; Pierre Belemarre, journaliste ; Jaques Martin, animateur télé ; Marc Féraud, couturier ; Marc Linski, navigateur ; Alexandre Sanguinetti, président de la chambre des députés, ou encore Christian Guy, chroniqueur gastronomique… il invite Françoise Giroud à commenter les propos tenus. Celle-ci voulant faire bonne figure se drape dans une attitude semi-mondaine, tentant de jouer sur l’humour pour fuir les questions.

C’est ainsi que l’on entend Françoise Giroud dire à un Bernard Pivot étonné « Oui les femmes ont une attitude de persécutées. » Lorsque le navigateur Marc Linski évoque « cette gangue dont fait partie la femme à terre. » Françoise Giroud sourit finement et laisse tomber : « Vous savez, il y a des femmes qui aiment les misogynes ».
À la fin de l’émission, Bernard Pivot demande à Françoise Giroud un dernier mot. Celle-ci hésite beaucoup, cherche ses mots « Comment dit-on déjà… » Puis lance fièrement « Le combat continue, camarade ! »

Après avoir visionné et enregistré l’émission, Les Insoumuses, groupe de femmes féministes, décident d’en faire une parodie en vidéo tel un droit de réponse. Elles introduisent en contrepoint les pancartes de la manifestation du 8 mars 1975 contre l’instauration de l’année de la femme décidée par l’ONU : « Menu ONU, 1974 Faim, 1975 Femme, 1976 Fromage ou dessert ». Elles réagissent directement aux images et propos en intégrant leurs commentaires, leurs rires et des chansons, en réponse à certains passages.

Les Insoumuses utilisent l’intégralité de l’émission et répondent avec un humour très caustique aux propos tenus tant par la ministre que par les invités de l’émission, pour la plupart des hommes misogynes choisis par Bernard Pivot. Comme les Insoumuses l’indiquent en fin de film, ce n’est pas Françoise Giroud en tant que personne qui les intéresse mais Françoise Giroud en tant que représentante du gouvernement, c’est-à-dire ici la ministre à la condition féminine. Des têtes de chapitres aux titres ironiques ponctuent le film : « Chapitre 10, Où Maso apprend à naviguer ou encore la galère ». Plus loin : « Le MLF se cache derrière Pivot » ou encore « Quand Maso tombe à l’eau ». De temps en temps, les quatre Insoumuses applaudissent avec ironie leur ministre.

Pour clore l’émission, Bernard Pivot choisit la chanson de Jean Ferrat « La femme est l’avenir de l’homme », et les Insoumuses détournent les paroles originales et doublent le chanteur avec une voix féminine dénonçant l’exploitation des femmes.

Un déroulant final porte une déclaration des Insoumuses indiquant :
 » Aucune femme ministre ne peut représenter les autres femmes au sein d’un gouvernement patriarcal. Elles ne peuvent qu’INCARNER LA CONDITION FEMININE oscillant entre le désir de plaire (féminisation : Maso) et le désir d’accéder au pouvoir (masculinisation : Miso) ».
La dernière phrase de cette déclaration décrit parfaitement la démarche politique et l’exercice de création humoristique au ton ravageur auquel les Insoumises viennent de se livrer :
« Aucune image de la TELEVISION ne peut nous incarner, c’est avec la VIDEO que nous nous raconterons. »

— Nicole Fernández Ferrer pour NewMedia-Art (texte repris du site du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir)

Les Insoumuses - Carole Roussopoulos - Delphine Seyrig - Ioana Wieder - Nadja Ringart - le lieu documentaire

 Les Insoumuses – Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder, Nadja Ringart

Les Insoumuses est un collectif de femmes constitué de Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart. Ce collectif réalise des vidéos sur les luttes des femmes en France dans les années 1970.

Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo, fondatrice du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir avec la comédienne Delphine Seyrig, a réalisé plus de cent films. Elle est connue pour son engagement dans les luttes féministes.

Née à Lausanne, elle s’installe à Paris en 1967 et fonde en 1969 le collectif de vidéo militante « Vidéo Out ». Dès lors, elle ne cesse de donner la parole aux « sans-voix », opprimé·es et exclu·es. S’inscrivant dans le sillage de Mai 68, ses sujets de prédilections sont les grandes luttes : ouvrières, anti-impérialistes, homosexuelles et surtout féministes.

Avec Delphine Seyrig, elle coréalise deux pamphlets humoristiques : « Maso et Miso vont en bateau « (1975) et « S.C.U.M. Manifesto » (1967). Entre 1973 et 1976, Carole Roussopoulos enseigne la vidéo à l’Université de Vincennes. En 1999, elle réalise « Debout ! », un documentaire sur le mouvement de libération des femmes de 1970 à 1980. À la fin de sa vie, elle termine un documentaire éponyme sur son amie Delphine Seyrig, rendant ainsi hommage aux convictions d’une actrice engagée.

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Née en 1932 à Beyrouth, Delphine Seyrig passe son enfance entre le Moyen-Orient et les États-Unis. En 1952 elle commence une carrière de comédienne en France, puis s’envole pour New York afin de parfaire sa formation à l’Actor’s Studio. Après un premier long métrage, Pull my Daisy en 1959, Delphine Seyrig tourne successivement avec Alain Resnais, François Truffaut, Luis Buñuel, Jacques Demy, Chantal Akerman dans les années 1960-1970.

Parallèlement à sa carrière d’actrice, Delphine Seyrig rejoint les mouvements féministes qui se forment après Mai 68, et milite pour le droit à l’avortement. En 1971, elle est l’une des signataires du manifeste des 343. Dans le même temps, elle découvre la vidéo auprès de Carole Roussopoulos avec laquelle elle réalise entre autre « S.C.U.M Manifesto » en 1976, d’après le pamphlet de Valérie Solanas. La même année elle tourne « Sois belle et tais-toi ! », une plongée au cœur du sexisme qui règne au sein du milieu cinématographique.

Avec ses complices Ioana Wieder et Carole Roussopoulos, elle crée en 1982 le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, dont elle devient la présidente, jusqu’à sa mort en 1990.

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Ioana Wieder fonde avec Delphine Seyrig et Claude Jourde l’association Les Muses s’amusent « pour diffuser les images et les paroles des femmes par elles-mêmes dans des films, vidéos, photos ». Les Muses deviendront Les Insoumuses.

Elle traduit des livres et des textes féministes comme « Vaginal Politics, Women in Vietnam… » et réalise « Accouche ! » et « Où est-ce qu’on se « mai » ? »

En 1982, Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig et Ioana Wieder fondent le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, structure dédiée à la production liée à l’histoire des femmes, aux luttes féministes et à la création audiovisuelle.

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Nadja Ringart, sociologue et réalisatrice de films militants, a initié « Bobines féministes », une plateforme de ressources numériques sur l’histoire et les créations du MLF. Elle co-organise le festival de documentaires « Femmes en résistance. »

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