« Gabin » de Maxence Voiseux

jeudi 19 novembre 2026
à 19:00
Cinéma Star, Strasbourg

Projection du film « Gabin » de Maxence Voiseux (105 mn, 2026, Alter Ego Production), proposée par le cinéma Star, en partenariat avec Le Lieu documentaire, à l’occasion de la sortie nationale du film au cinéma en France.

Entrée : tarifs cinéma. Des invitations seront à gagner dans la newsletter du Lieu doc qui sera envoyée le 9 novembre 2026. Inscription à la newsletter, ici, si ce n’est déjà le cas.

La projection sera présentée par le Lieu doc.

  • Maxence Voiseux
2026
105'
  • Alter Ego Production , 
  • Ama Film , 
  • Rita Productions

Dans le Nord de la France, Gabin, le petit dernier de la famille Jourdel, est destiné à reprendre la boucherie de son père. Tiraillé entre loyauté familiale et envies d’échappées, il a d’autres rêves : dresser une vache de concours, devenir éleveur canin, sauver la ferme de sa mère de la faillite. Gabin suit la vie de ce jeune garçon, de ses 8 à ses 18 ans.

Cannes 2026 : derrière le documentaire « Gabin », dix ans de complicité entre un enfant et un cinéaste | Extrait de l’article de Boris Bastide, Le Monde, 26 mai 2026

Le film, coup de cœur de la Quinzaine des cinéastes, met en scène un jeune garçon du nord de la France, qui trouve sa voie entre son père boucher et sa mère éleveuse.

Quand il a vu le film pour la première fois, Gabin a pleuré. Il faut dire que le documentaire qui porte son prénom, réalisé par le cinéaste Maxence Voiseux et centré sur sa personne, encapsule plus d’une décennie de sa vie. « C’est un album photo vivant », résume à Cannes le jeune homme, que l’on découvre à l’écran d’abord jeune enfant et que l’on suit jusqu’à son départ définitif du foyer familial.

Coup de cœur de la sélection de la Quinzaine des cinéastes, le premier long-métrage de Maxence Voiseux a bénéficié de ce temps long et de la relation de proximité qui s’est construite au fil des ans entre le réalisateur et son sujet : « J’avais déjà fait deux films avec des membres de la famille Jourdel, explique le cinéaste. Un court-métrage avec le grand-père de Gabin, puis un moyen-métrage avec son père. Les premières images que l’on voit dans le film viennent de là. Pour moi, il y avait quelque chose de presque naturel à continuer à les filmer. »

Gabin avait 11 ans lorsque Maxence Voiseux lui a proposé de se lancer avec lui dans un tournage long. L’enfant le prend comme le début d’une aventure dont il serait le héros. « Je ne suis pas réellement devenu un personnage, confie-t-il aujourd’hui avec un peu de recul. Maxence a réussi à faire que je sois resté naturel. Ce qu’il a mis en images, ce n’est pas tout Gabin, mais c’est l’esprit de Gabin .

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ENTRETIEN AVEC MAXENCE VOISEUX, EXTRAIT DU DOSSIER DE PRESSE

Comment avez-vous rencontré la famille de Gabin ?

En 2014, pour mon film de fin d’études, j’ai choisi de faire le portrait d’un lieu. Je suis originaire du Nord et j’avais souvent entendu parler
du marché à bestiaux de la ville d’Arras, une véritable institution dans le monde agricole, un lieu de commerce et de cinéma. On y négociait
encore en anciens francs. C’est un lieu très cinégénique où chacun se met en scène, mais c’est également un milieu très fermé car les commerçants de bêtes sont souvent secrets dans leur rapport à l’argent. J’y suis donc allé seul à plusieurs reprises, sans succès, avant
qu’un homme ne s’intéresse à moi et me propose de venir faire le marché avec lui. C’était le grand-père de Gabin et c’est ainsi que j’ai intégré cette famille pour réaliser mon premier court-métrage « Des
hommes et des bêtes ». J’ai ensuite fait la connaissance de ses trois fils avec qui j’ai tourné « Les Héritiers », mon premier moyen-métrage
documentaire où j’ai rencontré Gabin.

Dans « Les Héritiers », vous filmiez la fratrie de son père autour de la question de l’héritage. Pourquoi avez-vous choisi de vous concentrer uniquement sur Gabin, sans ses deux frères, dans ce film ?

Au moment où j’ai rencontré Gabin, j’avais très envie de faire un film sous forme d’une saga familiale. Il avait huit ans et il a tout de suite détonné car il était plus drôle et plus irrévérencieux que ses frères et ses cousins. Il passait beaucoup de temps avec son père avec qui il avait une relation très particulière, faite à la fois de tensions, de non-dits mais aussi d’amour souterrain. Il osait déjà exprimer ses sentiments, ses volontés et pleurer, ce qui est rare dans cette famille.

Mais surtout, il a très vite compris qu’en tant que benjamin, quelque chose se cristallisait autour de lui et de la boucherie de son père.
Il s’est produit des choses intéressantes dès le premier jour où j’ai tourné avec lui des séquences pour « Les Héritiers », alors qu’il n’avait que 8 ans à l’époque.

Mais le véritable déclic a eu lieu le jour où je suis passé leur rendre visite à la boucherie et que Gabin m’a appris qu’il s’était inscrit à un cours de breakdance. Je vois alors ce petit garçon un peu potelé et assez mal dans sa peau nous montrer les quelques pas qu’il avait appris. C’était un moment à la fois très touchant et un peu absurde : lui si heureux d’expérimenter quelque chose de nouveau tandis que son père lui réclamait de l’aide à la boucherie. Pour moi, toute la symbolique était là et je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse un film avec Gabin.

Comment s’est organisé le tournage sur 10 ans ?

Le film se passe entre ses 8 ans et ses 18 ans mais les premières séquences, je les avais tournées dans « Les Héritiers ». Quand on commence le tournage de Gabin, il a donc 11 ans. 

Le film n’a jamais été pensé comme une immersion, je l’ai toujours réfléchi en sachant qu’il y aurait des ellipses car je voulais que Gabin puisse grandir ‘’en dehors’’ du film.

J’y allais trois à six fois par an et je tournais pendant une grosse semaine. Si on met de côté la pause que j’ai dû faire à cause du Covid, on a tourné une centaine de jours au total.

Gabin grandit et s’émancipe sous votre caméra mais il y a une forme de linéarité dans sa trajectoire et sa personnalité, il garde cette même douceur, sensibilité et maturité. Comment avez-vous choisi de nous faire ressentir le passage du temps ?

On a pré-monté le film au fur et à mesure du tournage puis on a ensuite passé huit mois en salle de montage. C’était très long et c’est avec le temps qu’on a trouvé le film. Tramer la vie de Gabin fut assez simple : comme le film a été écrit en parallèle du tournage, j’avais identifié au fur et à mesure les grands enjeux qui ont jalonné son enfance, mais il a fallu ensuite supprimer beaucoup de matière car le film devenait beaucoup trop long et manquait de tension.

C’était passionnant et vertigineux de fabriquer concrètement du temps. J’ai assumé assez tôt qu’il y aurait des scènes sans Gabin même s’il serait toujours question de lui. Au montage, mon choix le plus radical fut de reléguer au second plan le fait qu’il grandisse. Je ne souhaitais pas jouer avec son corps de façon outrancière et je ne voulais aucun effet de montage pour montrer qu’il change, je voulais qu’on découvre son évolution avec le cinéma, dans les tensions avec son père, à travers ses échappées, ou encore par un jeu d’échos avec d’autres d’autres séquences, pour atteindre une forme de pureté du montage.

Gabin et sa famille ont-ils vu le film ?

Je ne leur ai montré aucun rush pendant toutes ces années mais je suis récemment allé voir Gabin pour lui montrer le film. On a loué une salle de cinéma pour le regarder ensemble sur grand écran. Il a fini la séance en larmes et a reconnu une justesse par rapport à qui il est vraiment. Comme je le filme depuis qu’il est tout petit, il a totalement intériorisé le rapport à la représentation, il s’est « créé » un personnage documentaire et le Gabin du film n’est pas tout à fait celui de la vraie vie. En ce qui concerne ses parents, je voulais qu’ils voient le film séparément. Je l’ai montré à Patricia qui m’a au départ fait des retours un peu convenus, avant de s’effondrer et de me parler très intimement de l’effet du film sur elle et sa famille. Dominique, lui, n’a pas immédiatement voulu en parler mais j’ai vu qu’il avait été touché, presque même physiquement mais il a fini par me dire que le film avait produit quelque chose d’essentiel en lui.

maxence voiseux - le lieu documentaire

Maxence VOISEUX est né dans les Ardennes en 1988. Après des études de sciences, il intègre la formation de Cinéma Documentaire de l’Université Paris VII où il se forme à la réalisation et au montage. GABIN est son premier long-métrage.

FILMOGRAPHIE

2026 | « GABIN » (doc, LM)
2023 I « ULTRAS » (doc, MM)
2021 I « ELLE EST DES NÔTRES » (CM)
2019 I « LE CRACK » (doc, MM) 2017 I « LE DERNIER SOCIALISTE » (doc, MM)
2015 I « LES HÉRITIERS » (doc, MM)

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