Émergeant du noir et du silence de l’oubli, des images et des textes reconstituent une mémoire. « … et Pierre Jeanneret » est un portrait. Celui d’un homme dont le destin fut une ville ; celui d’une ville qui est toujours celle d’un homme. Un documentaire réalisé d’après des correspondances entre Pierre Jeanneret avec Charlotte Perriand, l’amie, et Le Corbusier, le cousin, et des photographies prises par l’architecte en Inde.
C’est un essai documentaire, un film poétique qui met en rapport littérature et cinéma. Le texte du film est écrit et lu par Emmanuel Adely.
Aujourd’hui, dans les rues de Chandigarh, parmi les habitants, une voix raconte Pierre Jeanneret, grand oublié de l’histoire de l’architecture. Elle revient sur une oeuvre empreinte de discrétion et de modestie. Une oeuvre surtout attentive à prendre soin, des lieux comme des gens.
C’est peu après l’indépendance de l’Inde, après la partition, que Nehru a demandé une ville pour 150 000 habitants. Il a demandé une ville entière, une capitale : Chandigarh. Il a demandé un « symbole de la libération de l’Inde », une ville nouvelle pour un homme nouveau libéré de la colonisation anglaise et de la division anglaise. Il demande cela au Corbusier qui demande à Pierre Jeanneret de partir pour construire Chandigarh.
Avec un couple d’architectes anglais et de jeunes architectes indiens qu’ils forment, Pierre Jeanneret va dessiner et bâtir des dizaines de milliers de maisons, des hôpitaux, des bibliothèques, des cinémas, des commerces, des bâtiments administratifs… Ils pensent à une ville nouvelle écologique avec ses 500 000 arbres plantés, une ville nouvelle qui associe une modernité occidentale à une culture indienne.
Parti pour 3 ans, Pierre Jeanneret y passera les quinze dernières années de sa vie. Mais l’histoire a retenu surtout un nom : celui de son célèbre cousin, Le Corbusier.
Pierre Jeanneret est le grand oublié de l’histoire de l’architecture.
Le film « … et Pierre Jeanneret » est un essai documentaire, un film poétique qui met en rapport littérature et cinéma. Du noir et du silence de l’oubli, des fragments d’images et de mots émergent pour reconstituer petit à petit une mémoire.
Aujourd’hui, parcourant les rues et les bâtiments de Chandigarh, partageant le quotidien des habitants, « … et Pierre Jeanneret » part à la rencontre de l’architecte.
À partir du début des années 50, un architecte dans la force de l’âge – Pierre Jeanneret – va dédier quinze ans de sa vie à la construction d’une ville dans un pays qui vient tout juste d’accéder à l’indépendance – l’Inde. Pour autant, alors que c’est lui qui bâtira la majorité des bâtiments de Chandigarh, la paternité de la ville sera attribuée à son très célèbre cousin : Le Corbusier. Et la mémoire de Pierre Jeanneret s’effacera. Cet homme est ainsi le grand oublié de l’histoire de l’architecture.
Extrait de la correspondance de Pierre Jeanneret avec Charlotte Perriand
Ma chère Charlotte,
À Chandigarh, c’est une vraie leçon. Je construis ! Tu t’imagines la différence qu’il y a entre construire des lignes d’une centaine de maisons et construire une maison pour un ménage parisien ? Et attention, le prix est précis. Pour l’instant, seule la brique est possible. Tu te rends compte de mes émotions.
Un soir, en discutant avec Corbu, Jeanne Drew (femme de Fry) m’a demandé qu’elle est la plus grande peur que j’ai eue dans ma vie. J’ai raconté des histoires de montagne que tu connais bien, j’ai raconté que pendant la guerre j’ai été mis contre un mur par les Allemands, menacé de mort — puis finalement j’ai dit que ma plus grande peur c’est de remettre les pieds sur l’un de mes chantiers non vu depuis longtemps. Souriant et satisfait, Corbu a ajouté : C’est bien cela la plus grande peur.
Même si maintenant je mets au monde de multiples constructions, chaque fois que je vais sur le chantier je dois prendre tout mon courage à deux mains.
J’ai une gentille équipe, et le travail marche plutôt de bonne humeur et la confiance.
Moi seul je n’ai pas toujours confiance en moi
Pierre
Christian Barani est né en 1959 à Roquebrune Cap Martin. Il construit une pratique qui associe le champ du documentaire à celui des Arts Visuels. Sa recherche se fonde sur un dispositif performatif qui engage un corps/caméra marchant dans l’espace. Il définit une règle du jeu qui compose avec le hasard et l’improvisation et génère des images sans à priori. Il produit une œuvre protéiforme composée de films, d’installations vidéos, de projections performances et de photographies.
Ses œuvres sont montrées dans des musées comme la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris, le Centre Georges Pompidou, le Beirut Art center au Liban, des festivals et des centres d’art… en Europe et dans le monde.
Il réalise en parallèle de nombreuses œuvres de commandes pour des musées comme la Maison Arthur Rimbaud à Charleville Mézières, le Mons Mémorial Museum en Belgique, Le Musée des Confluences à Lyon…..
De 1990 à 2006, à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle, il fonde et dirige le département Images en Mouvement.
De 2000 à 2010, il co-fonde, avec Véronique Barani et Sabine Massenet, une structure de diffusion de films et vidéos d’artistes est-ce une bonne nouvelle qui va regrouper une centaine de réalisateurs et artistes internationaux. Cette collection comprend plus de 500 films.
« L’œuvre d’Emmanuel Adely s’ancre dans le catalogue romanesque de plusieurs éditeursn(Minuit, Stock, Losfeld, Seuil, Argol…), s’inscrit dans des revues (Inculte, Décapage, Mixte…), surgit dans les performances et mute. Elle est plastique, politique, sonore. Elle abandonne la « langue des livres » comme une peau morte pour grandir à côté du champ littéraire et de ses acteurs médiatiques.
Toute parole est matière à création (discours, article, récit d’enquête..) dès lors que les faits, les dates, les heures échappent à la dépêche clinique, se précipitent (vitesse et chimie) et éclatent en fragments solides, en alliages nouveaux, en un langage (flux, rythme et sens) inédit.
Ses textes explorent la dimension essentiellement fictionnelle du réel, s’illustrent dans une écriture flux, souvent libérée d’une seule traite, balayant parfois jusqu’à l’ultime ponctuation, et en font une des voix les plus singulières de la littérature contemporaine.»
Ch. François
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