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Cycle | Le documentaire, engagement citoyen

« Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin

mercredi 24 juin 2026
à 19:00
Le Lieu documentaire, Maison de l'image, Strasbourg

Projection gratuite de « Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin (86 mn, 2061), en hommage à Edgar Morin, décédé le 29 mai 2026. Avec le soutien de la Cinémathèque du documentaire et son catalogue des classsiques du documentaire.

Dès 18h, nous avons le plaisir de convier à la réouverture du Salon du Lieu doc. Vous pourrez y visionner, librement et gratuitement, les films documentaires de notre vidéothèque, et consulter des revues et livres cinéma. Un grand merci à l’équipe des bénévoles de l’association pour leur formidable travail de tri, catalogage et de réaménagement, dans une joyeuse ambiance qui plus est.

Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.

Info : la salle de projection du Lieu documentaire est accessible aux personnes à mobilité réduite. Des places PMR sont dédiées au premier rang.

  • Edgar Morin
  • Jean Rouch
1961
86'
  • Argos films

Nous sommes à Paris, c’est l’été 1960. Edgar Morin, sociologue, et Jean Rouch, cinéaste et ethnologue, vont enquêter sur la vie quotidienne de personnes de milieux et d’âges différents qui s’expriment sur la vie qu’ils mènent. Ouvriers, étudiants, employés : tous oublient le micro et la caméra pour évoquer leurs préoccupations et leurs espoirs et tenter de répondre à la question : “Êtes-vous heureux?”

Version restaurée par la Cineteca di Bologna.

Film pionnier du cinéma-vérité, baptisé cinéma direct outre-Atlantique, « Chronique d’un été » a été réalisé en 1960 par le sociologue Edgar Morin et le cinéaste Jean Rouch, grâce à une innovation technique majeure : le son synchrone. On utilise un magnétophone Nagra, couplé à une caméra 16mm légère, proche de celles que Rouch a utilisées dans les années 1950 en Afrique pour tourner des courts métrages ethnographiques post-synchronisés et surtout le long métrage fétiche de la Nouvelle vague « Moi, un noir », qui décrit le quotidien de jeunes Nigériens partis chercher du travail à Treichville (Côte d’ivoire). Le projet et l’esprit de « Chronique » sont assez proches de ce dernier film, à cela près que le son est maintenant pris sur le vif et que les deux auteurs ont choisi d’enquêter sur la vie quotidienne des Parisiens.

Mais « Chronique », derrière sa spontanéïté, est un film-manifeste qui emprunte beaucoup à la pensée du sociologue. Depuis plusieurs années déjà, Morin s’intéresse au cinéma et à son importance dans le champ des sciences sociales. Il a publié plusieurs ouvrages et s’explique dans un article intitulé « Pour un nouveau cinéma-vérité » (France-Observateur n°506, 14 janvier 1960), il y pose les bases des principes qui vont inspirer le projet de « Chronique », en se référant au concept de « Kino-Pravda » théorisé par le grand ancêtre russe Dziga Vertov. Le cinéma, pour lui, c’est d’utiliser une caméra pour rapprocher les hommes et pour rapprocher le filmeur du filmé : « La recherche du nouveau cinéma-vérité est du même coup celle d’un cinéma de la fraternité ». Celles et ceux qui sont filmés se servent de la caméra pour exprimer leur « vérité profonde ».

La question centrale du film, le bonheur, est sensiblement marquée par le contexte politique anxyogène de la guerre d’Algérie, qui a de fortes répercutions sur le territoire national. Les deux réalisateurs ont plus particulièrement cherché à mesurer la résistance de la jeunesse d’une grande ville, étudiants, artistes, employés et ouvriers mêlés, à un climat national et international plutôt morose. Sans savoir, et cela rend le film d’autant plus passionnant, que l’Europe de l’ouest est à l’aube d’un renouveau culturel de grande ampleur, dans le cinéma, la musique, la mode.., impulsé par cette jeunesse des années 1960. Parmi ces jeunes gens, on découvre avec curiosité des personnalités encore inconnues alors, Régis Debray et Marceline Loridan, compagne du réalisateur néerlandais Joris Ivens et réalisatrice elle-même. (source : Les yeux docs)

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Edgar Morin, de son vrai nom Nahoum (1921-2026) est un sociologue et philosophe français. La guerre d’Espagne puis son entrée dans la Résistance en 1942 marquent ses premiers engagements dans la politique. À la Libération, il s’investit dans le journalisme en créant la revue Arguments en 1956. C’est en 1950 qu’Edgar Morin entre au CNRS et s’intéresse essentiellement à des phénomènes considérés alors comme mineurs. Il publie « Le Cinéma ou l’homme imaginaire » en 1956, et plusieurs autres ouvrages avant de devenir directeur de recherche au CNRS en 1970. Edgar Morin est Docteur honoris causa dans de nombreuses universités de par le monde. Il s’attache désormais à réfléchir sur la mondialisation et s’engage dans le combat écologique.

Jean Rouch est un réalisateur et ethnologue français (1917-2004). Son œuvre, plusieurs fois récompensée à Venise, Cannes et Berlin, se compose de documentaires et de fictions. Le Niger, où il est arrivé comme ingénieur des ponts et chaussées dans les années 40, devient rapidement son terrain de recherche cinématographique de prédilection. Il fait partie des inventeurs d’un genre à part, l’ethnofiction, dont le film « Moi, un noir » est emblématique. Jean Rouch capte dans ses films l’évolution du continent africain mais aussi de la société française, notamment à travers le film « Chronique d’un été » (coréalisé avec Edgar Morin). Il se saisit dans les années 60 des avancées techniques (son synchrone et caméras légères) et devient un des pionniers du cinéma direct dont le style a largement influencé les cinéastes de la Nouvelle Vague. Dans sa filmographie, on peut également citer « Au pays des mages noirs » (1947), « Les Maîtres fous » (1954), « Les Veuves de quinze ans », « La Chasse au lion à l’arc » (1965), « Cocorico Monsieur Poulet » (1974), « Madame l’eau » (1992).

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