L’autre rêve de Martin Luther King

  • Barbara Necek
2022
52min

Synopsis

2 juillet 1964. Après un combat qui a rythmé sa vie pendant plus de dix ans, le révérend Martin Luther King a la conviction profonde que les États-Unis viennent d’assister à un tournant historique dans la lutte pour l’émancipation des Afro-américains. Dix ans d’immenses marches pacifistes, d’innombrables prises de risques dont de nombreux emprisonnements, de passages à tabac pour que le président américain Lyndon B. Johnson, puis le Congrès abolissent enfin la ségrégation raciale en adoptant tout d’abord le Civil Rights Act, puis instaurent treize mois plus tard le droit de vote pour tous avec le Voting Rights Act. Une avancée historique. Du moins, en apparence…

Mots clés : 
  • Droits de l'homme
  • Engagement
  • États-Unis
  • Luttes sociales
  • Pauvreté
  • Racisme
  • USA

2 juillet 1964. Après un combat qui a rythmé sa vie pendant plus de dix ans, le révérend Martin Luther King a la conviction profonde que les États-Unis viennent d’assister à un tournant historique dans la lutte pour l’émancipation des Afro-américains. Dix ans d’immenses marches pacifistes, d’innombrables prises de risques dont de nombreux emprisonnements, de passages à tabac pour que le président américain Lyndon B. Johnson, puis le Congrès abolissent enfin la ségrégation raciale en adoptant tout d’abord le Civil Rights Act, puis instaurent treize mois plus tard le droit de vote pour tous avec le Voting Rights Act. Une avancée historique. Du moins, en apparence…

L'Autre Rêve de Martin Luther King - Barbara Necek-aff

« Je suis fatigué de marcher… Parfois je me demande si je vais atteindre mon but. Je vous l’avoue, je suis fatigué ! »


Chicago 1966. Martin Luther King pousse un cri de colère et de désespoir. Deux
années plus tôt, le héros des droits civiques et l’artisan de l’abolition de la ségrégation raciale était pourtant au sommet de sa gloire.

King aurait pu en rester là. Mais celui-ci n’a pas encore dit son dernier mot. Le
véritable rêve du Pasteur ne s’est jamais limité aux droits civiques. Ce que King veut
depuis toujours c’est une Amérique juste, où la pauvreté n’aura plus sa place. C’est l’égalité sociale qui est pour lui le seul garant d’une véritable émancipation des
Noirs.

Justice sociale

Si la justice raciale semble avoir évolué – du moins dans les textes – les inégalités demeurent toujours bien visibles. Logement, chômage, les difficultés socio-économiques continuent de gangrener les quartiers populaires du pays. Depuis toujours, Martin Luther King est convaincu que sans justice sociale, il n’y aura jamais d’égalité. C’est le début de son nouveau combat.

Ainsi souhaite-t-il éliminer « quelque chose qui n’a pas besoin du droit pour oppresser les peuples : la pauvreté́ ». Dès lors, la couleur de peau n’a plus d’importance : il faut, affirme-t-il, que tous les pauvres se mobilisent et défendent leur droit à une vie meilleure, qu’importe s’ils sont Afro-Américains, Blancs, Hispaniques…

Mais les obstacles seront nombreux : il sera conspué par l’Amérique blanche, raciste, abandonné par la classe politique, mais aussi par une partie des siens, décidés à tourner le dos au principe de non-violence. Ces dernières années de combat l’entraîneront dans une spirale d’échec, de solitude et de dépression, mais elles racontent aussi la grandeur d’un véritable dissident, déterminé à mener son combat jusqu’au bout.

Si aujourd’hui le révérend est surtout connu pour avoir su mobiliser les foules contre la ségrégation et le racisme, la lutte pour la justice sociale, elle, est absente de notre mémoire collective. Partant de ce constant étonnant, le film raconte cet autre combat, une page d’histoire oubliée dans le parcours d’une des plus grandes icônes du XXe siècle.

Pendant les quatre années qui lui restent à vivre, le pasteur mobilisera toute son
énergie pour réaliser cet « autre rêve ». Mais les obstacles seront nombreux : il sera
conspué par l’Amérique blanche, raciste, abandonné par la classe politique, mais
aussi par une partie des siens, décidés à tourner le dos au principe de non-violence.

L'Autre Rêve de Martin Luther King - Barbara Necek - 03

NOTE D’INTENTION DE LA RÉALISATRICE

Le 25 Mai 2020, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons. A Minneapolis, l’Afro-Américain George Floyd est arrêté par des policiers blancs et meurt étouffé, suite aux mauvais traitements qui lui ont été infligés. Sa mort provoque la colère et embrase le pays : autoroutes bloquées par les manifestants à Los Angeles, en Californie, à Milwaukee, au Texas, tribunal incendié à Portland en Oregon, voitures brulées à Atlanta… Des images qui font tout de suite penser à celles des émeutes des années 1960 à Watts, Chicago ou encore Detroit. Elles donnent l’impression que l’histoire se répète, inlassablement.

Il serait pourtant faux de dire que la société américaine n’a pas évolué en matière de discrimination raciale. Depuis la signature du Civil Rights Act en 1964 par le président Lyndon B. Johnson qui a aboli la ségrégation, une véritable classe moyenne afro-américaine a émergé, les universités, la police, les administrations se sont diversifiées et en 2008 les Américains ont même élu Barack Obama, leur premier Président noir.

Il n’empêche que des affaires comme celle de George Floyd remettent régulièrement la question raciale au centre du débat et obligent la société américaine à se regarder en face. Et le constat est en effet alarmant : selon la Brookings Institution, le fossé économique entre les Noirs et les Blancs est auss important en 2020 qu’il l’était en 1968. Aujourd’hui encore, les Afro-Américains sont 10 fois plus pauvres. Et si c’était l’inégalité sociale qui empêchait la véritable émancipation ?

Cette question tourmentait déjà le révérend Martin Luther King il y a plus de 50 ans,
dès les lendemains de la signature du Civil Rights Act, dont il était le principal artisan.

Lucide et en avance sur son temps, King avait compris qu’il n’était pas suffisant de voter une loi pour mettre fin à la discrimination et au racisme mais qu’il fallait des mesures concrètes pour éradiquer la pauvreté. Celle-ci était à ses yeux le véritable fléau qui empêchait l’égalité pour les Noirs. La justice sociale allait alors devenir son nouveau cheval de bataille, son “autre rêve”, jusqu’à la fin de sa vie en 1968. Pendant quatre années, King a usé de sa notoriété, de ses relations dans les hautes sphères, et essayé de mobiliser sa communauté et l’opinion publique.

[…] Le dernier rêve de Martin Luther King ne s’est jamais réalisé. Désabusé, déçu et souffrant de dépression, il meurt à l’âge de 39 ans, victime d’un attentat à Memphis en 1968 sans avoir atteint son but. Si aujourd’hui le révérend militant est surtout connu pour sa lutte contre la ségrégation, celle pour la justice sociale, elle, est absente des manuels d’histoire et de notre mémoire collective. Elle est pourtant la
suite logique de son engagement pour une véritable émancipation des Noirs et mérite que l’on s’y intéresse aujourd’hui.

Barbara Necek, réalisatrice

Barbara-Necek - le lieu documentaire

Autrichienne, née de parents polonais, Barbara Necek travaille depuis 25 ans comme documentariste en France.

Spécialisée dans l’histoire du nazisme et le travail de mémoire, elle a notamment réalisé « Le Procès d’Auschwitz-la fin du silence », Prix Terre(s) d’Histoire au FIGRA 2019, « Les résistants de Mauthausen », Prix du Public à Pessac (2021) et la « Shoah des ghettos » (2024). Elle est également autrice de “Femmes bourreaux”, un livre sur les gardiennes des camps de concentration, paru chez Grasset en 2022.

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